ANDRAS GAL – SCULPTURES
 
 
Ont-elles pris racine jadis, ou bien vont-elles s’enfoncer pour toujours dans la mémoire de la terre ?
Installées en modules
Des cubes bien cubiques, calculés, mesurés, comme une partition, un temps de fil à plomb.
Mais, trouées, et qui composent, et qui se décomposent.
Petits théâtres, habités de matériaux pris dans le moulage.
Pierres nobles, drapés de marbre à l’antique, résines mordorées, bois des cœurs des forêts précieux, blocs de pensées et d’émotions dans la réminiscence et dans l’effondrement.
Le plâtre s’effrite, s’écroule, relie le siècle, s’écoule sur le temps, le pigmente.
Il ouvre les espace sur les civilisations.
Le sol est sculpture, le socle est sculpture.
La sculpture est l’exposition où se meuvent les spectateurs, progressent, regardent, s’approchent, entrent dans la boite, s’en éloignent, photographient l’instant, prennent la mesure du temps, arpentent, font le point, et perdent le point de vue à la séquence suivante, dans l’illusion des réels proposés.
Séries d’aléatoires, rituels qui font peur, font rire, dans l’alternance des trous et des matières sortilèges.
A la turgescence de grandes colonnes, apparaissent des têtes d’humains.
Bien au-dessus du magma des plâtres et des argiles.
Petites têtes bien faites, en bois dur, pour durer.
Parcelles de vies âmes du bois, uniques et multiples, entières dans le fait d’être au monde, le plaisir.
András GAL dit cela : « peut être, les sculpteurs, depuis la préhistoire, protègent...les vestiges du futur » ?
Elles permettent les passages d’un accident à l’autre, au sédiment des chocs et des brisures.
Et nous, des rescapés.
C’est comme un manifeste, un dôme de confiance.

    Claire MORÈRE, historienne de l’art